Colloque : 1922-2022, représentations, mémoires et héritages de la catastrophe d’Asie Mineure,

Les 20 et 21 octobre, à la Villa Kérylos-CMN, à Beaulieu-sur-Mer.

 L’association des Amis de la Villa Grecque Kérylos et la Villa Kérylos-CMN organisent un colloque sur la catastrophe Smyrne.

Relativement méconnue dans l’historiographie occidentale, la « catastrophe d’Asie Mineure » constitue un tournant dans l’histoire de la Méditerranée orientale. Elle marque la fin de modes de coexistence et de circulation qui avaient prévalu en mer Egée et en mer Noire, et qui avaient depuis longtemps été ébranlés par les conflits nationalistes. Elle scelle l’écroulement des empires et marque le début de l’ère du cloisonnement culturel et économique, résultant de la fixation à peu près définitive des territoires nationaux.

Conséquence de la guerre gréco-turque de 1919-1922, la « catastrophe d’Asie Mineure » aboutit au grand incendie de Smyrne, ainsi qu’au massacre et à l’expulsion des populations chrétiennes d’Asie Mineure et de Thrace orientale. En Grèce, la « Grande Catastrophe » provoque un séisme socio-politique dont les conséquences sont multiples : coup d’État de 1922, Procès des Six et exécution des responsables de la défaite, afflux massif de réfugiés, amplifié par l’échange obligatoire de populations entériné par le traité de Lausanne (24 juillet 1923), chute de la monarchie (1924). Enfin, la « Grande Catastrophe » marque la fin de la « Grande Idée », ce projet irrédentiste consistant à réunir tous les Grecs dans un seul territoire s’étendant sur cinq mers et deux continents, avec Constantinople pour capitale ; elle constitue ainsi le début de l’histoire contemporaine de la Grèce.

En Turquie, le même événement est commémoré comme point culminant de la Guerre de libération. Il symbolise la fin d’une tentative de division du pays par des puissances impérialistes. C’est la source d’une nouvelle fierté nationale, ainsi que de la légitimité du nouveau régime républicain.

À l’occasion du centenaire de la fin de la guerre gréco-turque de 1919-1922,  deux journées d’étude organisées à la Villa  Kérylos s’attacheront à décloisonner la « Catastrophe d’Asie Mineure » et à contester aux historiographies nationales, grecque et turque, le monopole qu’elles réclament sur l’événement, afin de l’inscrire dans une histoire combinée de la Méditerranée orientale et, au-delà, dans une histoire globale de la transition des empires aux Etats-nations. Dans cette perspective, il s’agit de mettre en valeur les représentations, les mémoires et les héritages multiples de la catastrophe d’Asie Mineure à partir de sources variées, tant historiques que littéraires, journalistiques, photographiques, et musicales. Parmi les thèmes qui seront abordées lors de ces deux journées : une histoire combinée de la violence ; les historiographies de la « Grande Catastrophe » ; les transformations économiques et sociales auxquelles l’événement a donné lieu ; la façon dont l’événement a été connu en France, en particulier au moment des événements (rapports consulaires, reportages journalistiques, récits d’écrivains-voyageurs, etc.) ; les traces photographiques de l’événement ; la mémoire et le patrimoine culturel des réfugiés (transmission, conservation etc.).